Thérapie individuelle orientée EMDR
L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) est une psychothérapie développée à la fin des années 1980, principalement connue pour le traitement du trouble de stress post-traumatique (TSPT).
Qu'est-ce que l'EMDR ?
Elle fait aujourd'hui partie des psychothérapies recommandées dans le TSPT. L'Organisation mondiale de la Santé inclut notamment l'EMDR parmi les interventions psychologiques à envisager chez l'adulte présentant un TSPT, avec un niveau de certitude des données qualifié de modéré dans ses recommandations actualisées en 2023. Le NICE la recommande également chez l'adulte dans certaines situations de TSPT (World Health Organization [WHO], 2023 ; National Institute for Health and Care Excellence [NICE], 2018).
Concrètement, certaines expériences peuvent continuer à avoir des conséquences longtemps après qu'elles se sont produites : des images qui reviennent, des cauchemars, des émotions très fortes, des sensations physiques, des évitements, une impression d'être constamment en alerte ou certaines réactions qui semblent difficiles à contrôler.
En EMDR, nous allons chercher à identifier les expériences en lien avec les difficultés actuelles et travailler sur celles qui restent particulièrement perturbantes.
L'objectif n'est pas d'effacer ce qui s'est passé ni de vous faire oublier un souvenir. Le travail vise plutôt à ce que vous puissiez repenser à ce qui s'est passé sans ressentir la même détresse ou les mêmes réactions qu'auparavant.
Comment je travaille en EMDR ?
Je ne commence pas forcément les mouvements oculaires dès la première séance.
Les premiers rendez-vous servent d'abord à comprendre ce qui vous amène, votre histoire, les difficultés que vous rencontrez actuellement et ce que vous souhaitez travailler.
Nous essayons ensuite de comprendre si certaines expériences peuvent être en lien avec ce qui se passe aujourd'hui et nous définissons ensemble les objectifs et les priorités du travail.
L'EMDR est une psychothérapie structurée en différentes phases. Il y a donc un travail d'évaluation et de préparation avant de commencer le travail sur certains souvenirs. Le NICE recommande également une approche progressive comprenant notamment psychoéducation, gestion de la détresse, identification des souvenirs cibles et techniques permettant de gérer les flashbacks et l'activation émotionnelle (NICE, 2018).
Selon votre situation, nous pouvons donc avoir besoin de prendre du temps pour travailler la compréhension de vos réactions, vos ressources ou différents outils de régulation émotionnelle avant d'aborder certaines expériences.
Je trouve cette étape importante : l'EMDR ne consiste pas simplement à vous demander de penser à quelque chose de difficile et de suivre mes doigts avec les yeux.
Et concrètement, qu'est-ce qu'on fait ?
Lorsque nous avons défini un souvenir ou une expérience à travailler, je vous demande de vous reconnecter à certains éléments associés : par exemple une image, une pensée, une émotion ou une sensation corporelle.
J'utilise ensuite des stimulations bilatérales alternées. Il s'agit le plus souvent de mouvements oculaires, mais des stimulations tactiles ou auditives peuvent également être utilisées (Khalfa, 2019).
Nous faisons des séries relativement courtes, puis je vous demande ce que vous remarquez.
Cela peut être une image, une émotion, une pensée, une sensation physique, un autre souvenir ou parfois quelque chose qui paraît n'avoir aucun rapport au premier abord.
Je ne cherche pas à vous faire penser quelque chose en particulier. Nous partons de ce qui apparaît et nous avançons à partir de là.
Est-ce que je dois raconter mon traumatisme en détail ?
Pas nécessairement.
J'ai besoin de comprendre suffisamment votre histoire et ce que nous travaillons pour pouvoir vous accompagner correctement. Mais cela ne signifie pas forcément que vous devrez raconter à voix haute chaque détail de ce qui s'est passé.
Pendant le travail EMDR, je vais souvent davantage vous demander ce que vous remarquez à ce moment-là : une émotion, une image, une pensée, une sensation ou simplement ce qui vous vient.
Cela ne veut pas dire que nous ne parlons pas. L'EMDR reste une psychothérapie. Les temps d'échange, d'évaluation, de préparation et de réévaluation font partie du travail.
Et entre les séances ?
Il peut arriver que certaines choses continuent à évoluer entre deux séances : de nouvelles pensées, des rêves, des émotions, des souvenirs ou simplement une manière différente de percevoir ce que nous avons travaillé.
Je peux donc vous demander d'observer ce qui se passe entre les séances, sans chercher à poursuivre seul le travail réalisé en consultation.
Nous faisons ensuite le point au rendez-vous suivant : ce qui a évolué, ce qui reste difficile et ce que nous souhaitons travailler ensuite.
Comme pour les TCCE, les objectifs et les priorités peuvent être réévalués au cours du suivi.
Comment fonctionne l'EMDR ?
C'est une question à laquelle nous n'avons pas encore de réponse définitive.
Des modifications de l'activité de différentes régions cérébrales impliquées notamment dans la mémoire et les émotions ont été observées après une thérapie EMDR chez des personnes présentant un TSPT (Khalfa, 2019).
Une partie des recherches s'intéresse également au rôle des stimulations bilatérales alternées. Des travaux expérimentaux ont retrouvé des modifications de l'activité et de la connectivité de différents réseaux impliqués notamment dans la mémoire, les émotions et l'extinction de la peur (Khalfa, 2019).
Mais je trouve important de distinguer deux choses : savoir qu'une thérapie peut être efficace et savoir précisément pourquoi elle fonctionne, ce n'est pas la même chose.
Les mécanismes neurobiologiques précis expliquant l'efficacité de l'EMDR ne sont pas encore complètement établis. Plusieurs modèles ont été proposés et continuent d'être étudiés (Khalfa, 2019). L'auteure elle-même précise que la théorie neuronale qu'elle propose reste à démontrer.
Je préfère donc ne pas vous expliquer que les mouvements oculaires vont « débloquer » un souvenir dans votre cerveau. C'est une manière très simplifiée de présenter un fonctionnement qui est en réalité plus complexe et encore étudié.
Pourquoi j'utilise l'EMDR ?
Je me suis formée à l'EMDR parce que je suis attachée, comme pour les TCCE, à utiliser des approches pour lesquelles nous disposons de données scientifiques sur leur efficacité.
Pour l'EMDR, ces données sont particulièrement établies dans le trouble de stress post-traumatique. L'OMS indique que l'EMDR et les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le traumatisme font partie des interventions disposant du plus de données en faveur de leur efficacité dans le TSPT.
Cela ne veut pas dire pour autant que tout ce qui concerne l'EMDR est démontré, ni que toutes les problématiques pour lesquelles elle est parfois proposée disposent du même niveau de preuve.
Son fonctionnement et notamment le rôle spécifique des mouvements oculaires ont fait l'objet de discussions scientifiques (Bériault & Larivée, 2005). Des travaux ultérieurs ont apporté de nouvelles données sur les stimulations bilatérales et les modifications cérébrales observées après EMDR, mais les mécanismes précis restent étudiés (Khalfa, 2019).
Pour moi, cette distinction est importante : utiliser une approche fondée sur des données scientifiques ne signifie pas considérer que toutes ses indications ou toutes les explications proposées sur son fonctionnement sont démontrées.
Pour quelles difficultés ?
Dans ma pratique, j'utilise principalement l'EMDR lorsque certaines expériences passées continuent d'avoir un impact dans le présent.
Cela peut être assez évident après un événement traumatique, mais pas toujours. Parfois, ce sont certaines réactions, émotions, sensations corporelles ou situations actuelles qui nous amènent à faire le lien avec des expériences antérieures.
C'est pour le trouble de stress post-traumatique que nous disposons actuellement des données les plus solides.
Je peux donc proposer un travail en EMDR autour :
- d'un événement traumatique ou de plusieurs événements répétés ;
- de souvenirs qui restent particulièrement difficiles ou envahissants ;
- de certaines réactions actuelles qui semblent liées à des expériences passées ;
- de certaines situations d'anxiété lorsqu'un travail autour d'expériences antérieures paraît pertinent ;
- de certaines douleurs ou problématiques somatiques lorsqu'une dimension traumatique est retrouvée.
Pour les autres problématiques que le TSPT, je reste plus prudente sur le niveau de preuve.
Des travaux ont par exemple étudié l'utilisation de l'EMDR dans le trouble anxieux généralisé ou dans la douleur chronique, avec des résultats préliminaires intéressants, mais des études de petite taille qui ne permettent pas de mettre ces indications au même niveau que le TSPT (Brennstuhl et al., 2016 ; Gauvreau & Bouchard, 2010).
Je ne considère donc pas qu'une douleur, de l'anxiété ou un symptôme physique est forcément la conséquence d'un traumatisme.
Et surtout, je ne pars pas du principe que vous avez besoin d'EMDR simplement parce que votre difficulté pourrait entrer dans une liste d'indications.
Nous regardons d'abord ensemble ce qui vous pose problème, votre histoire, ce qui semble participer aux difficultés actuelles et vos objectifs thérapeutiques. C'est à partir de là que je vous propose les outils qui me paraissent les plus adaptés.
L'EMDR peut d'ailleurs être utilisée à certains moments du suivi et pas à d'autres. Je l'intègre à ma pratique lorsque cela a du sens dans votre prise en charge, aux côtés notamment des outils issus des TCCE.
Questions fréquentes
Non. Les mouvements oculaires font partie des stimulations qui peuvent être utilisées pendant certaines phases, mais l'EMDR est une psychothérapie structurée qui ne se résume pas aux stimulations bilatérales. Il y a notamment un travail autour de votre histoire, des difficultés actuelles, des objectifs, de la préparation, de l'identification des expériences à travailler et de la réévaluation de ce qui se passe au fil des séances. Le protocole EMDR décrit dans la littérature comporte huit phases (Khalfa, 2019).
Nous ne pouvons pas l'affirmer aussi simplement. Le rôle spécifique des mouvements oculaires et des stimulations bilatérales a fait l'objet de débats et continue d'être étudié. Des recherches plus récentes suggèrent que les stimulations bilatérales pourraient avoir des effets sur différents processus et réseaux cérébraux, mais nous ne connaissons pas encore précisément l'ensemble des mécanismes responsables de l'efficacité de l'EMDR (Khalfa, 2019).
Travailler sur des expériences difficiles peut faire apparaître des émotions ou des sensations désagréables pendant une séance. C'est justement pour cette raison que nous prenons le temps d'évaluer votre situation, de préparer le travail et d'adapter le rythme à ce qui se passe pour vous. Le but n'est pas de vous faire revivre un événement de la manière la plus intense possible.
Non, pas nécessairement. J'ai besoin d'avoir suffisamment d'informations pour comprendre ce que nous travaillons et vous accompagner correctement, mais vous n'avez pas forcément besoin de raconter chaque détail d'un événement.
Je ne peux pas déterminer à l'avance un nombre de séances identique pour tout le monde. Cela dépend de ce que nous travaillons, de votre histoire, des expériences concernées et de leur évolution au cours du suivi. À titre de repère, le NICE indique que, dans le traitement du TSPT chez l'adulte, l'EMDR est généralement proposée sur 8 à 12 séances, avec davantage de séances lorsque cela est cliniquement nécessaire, notamment en présence de traumatismes multiples. Ce chiffre est un repère issu des recommandations, pas un nombre de séances que j'applique systématiquement.